HAYEK

 

Friedrich von Hayek est né à Vienne le 8 mai 1899 et mort à Fribourg-en Brisgau (Allemagne Fédérale) le 23 mars 1992. Il est sans doute l’un des économistes autrichiens qui a fait l’objet du plus grand nombre de critiques par les commentateurs ses dernières années. Il reste une référence incontournable de l’école autrichienne et plus généralement des sciences humaines. Ses domaines de recherche ne se sont jamais cantonnés aux sciences économiques. Ses travaux sont aussi connus en psychologie, en méthodologie des sciences sociales, en philosophie politique, et en philosophie du droit. L’ouvrage le plus complet sur son œuvre en français est la thèse de Philippe Nemo, dirigé par Raymond Boudon et publié dans la collection libre échange en 1988 sous le titre La société de droit selon Friedrich von Hayek.

 

Il existe une importante littérature critique en français des travaux d’Hayek. Le programme de recherche d’Hayek est par exemple jugé ambitieux, mais son exécution reste le plus souvent au niveau d’une ébauche intuitive (Schmidt 1999)[1]. Il est écrit aussi que la lecture des travaux d’Hayek est un plaisir, en dépit de l’irritation qu’elle ne manque pas de susciter (Dostaler 1998, p.112) ou que les travaux d’Hayek n’ont qu’une cohérence idéologique (Leroux 1996[2], Longuet 1998, Dostaler 1998, Leroux, Gloria-Palermo 2002).

 

Cette série de critiques très dures ne peut, cependant, faire oublier l’apport du prix Nobel d’économie 1974 à la recherche scientifique dans des domaines très variés. Hayek ne fut à l’évidence pas indifférent aux drames du XX°siècle. La fondation de La Société du Mont-Pèlerin au lendemain de la guerre en 1947 et la publication de La Route de la Servitude (1944) sont les actions les plus emblématiques de ce grand économiste du XX°siècle. Il serait, cependant, ni juste ni correct de réduire Hayek à son désir de contrecarrer la montée du collectivisme. Sa bibliographie compte, en effet, plus de deux cents titres dont une vingtaine de livres qui couvre comme nous l’avons dit des domaines très différents des sciences humaines.

 

Au-delà des clivages idéologiques un nombre important de scientifiques trouve dans l’œuvre d’Hayek une base pour leurs travaux. On trouve la postérité d’Hayek, par exemple, en neurobiologie. Comme le rappelle le traduction de The Sensory Order le premier partisan des réseaux de mémoire corticale à une large échelle n’était ni un neuroscientist ni un computer scientist mais un économiste viennois : Friedrich von Hayek. Le fil conducteur de l’œuvre d’Hayek se trouve d’ailleurs certainement dans cette théorie de l’esprit qui traverse tous ces travaux de sa théorie de l’ordre spontané à son épistémologie (Nadeau 2001). On trouve la postérité d’Hayek aussi en philosophie avec Droit, Législation et Liberté (1973 – 1979) et La constitution de la liberté (1960, 1994). Hayek y expose sa théorie des ordres humains, et l’articule à sa théorie de l’esprit afin de proposer une théorie du droit et de l’Etat qui a pour vocation de donner une grille d’interprétation évolutionniste de l’histoire de l’humanité. Il renouvelle à cette occasion la critique de toutes les formes d’interventionnisme. Il reprend à cette occasion la théorie de l’Etat de droit, mais renouvelle en profondeur la théorie de l’émergence et de la pérennité du droit. Il ne s’agit pas de défendre le droit parce qu’il est naturel (tradition lockienne reprise par Rothbard par exemple), mais qu’il est le résultat d’un long processus d’essai-erreur-stabilisation. Evidemment sa postérité est indéniable en sciences économiques où ses apports à la théorie des prix*, de la monnaie*, des cycles*, de l’information*, des anticipations*, du calcul économique en régime socialiste*, au capital* ainsi que ses controverses avec Keynes, mais aussi Lang et les socialistes de marché ont marqué l’histoire de cette discipline et plus particulièrement de l’école autrichienne. Ce texte ne veut alors qu’inviter les lecteurs à se référer à l’œuvre d’Hayek[3] et à se méfier des critiques et des analyses trop rapides qui s’expliquent probablement par un contexte éditorial particulier.

  François Facchini

Mars 2006

Bibliographie francophone :

 

Dostaler G. (1998), Le libéralisme d’Hayek, Paris, La découverte.

Dostaler G. (2001), “La genèse et l’évolution de la théorie des cycles de Hayek”, L’actualité économique, Revue d’analyse économique, vol.77, n°2, juin, pp.207-230.

Gloria-Palermo S. (2002), « Continuité dans la pensée hayékienne. Une résistance planifiée contre l’interventionnisme », Recherches économiques de Louvain, n°3, vol.68, pp.313-333.

Nadeau R. (2001), « Friedrich von Hayek et la théorie de l’esprit », dans Cometti J.P. et Mulligan K. (dir.), La philosophie autrichienne de Bolzano à Musil. Histoire et actualité, Paris, Vrin, pp.209-227.

Nemo P. (1988), La société de droit selon Friedrich von Hayek, coll. Libre échange, PUF, Paris.

Nemo P. (2002), « La théorie hayékienne de l’ordre auto-organisé du marché (la main invisible) », Cahiers d’économie politique, n°43, L’Harmattan.

Longuet S. (1998), Hayek et l’école autrichienne, Paris, Nathan

Regniez J. (1988), «  Contre le subjectivisme hayékien », Revue française d’économie, vol.III, 4, automne, pp.127-155.

 

Bibliographie de texte d’Hayek traduit en français :

 

Hayek F. (1931), Prices and Production; 2 nd edn, revised and enlarged, London: G. Routledge & Sons, traduction française, Prix et production, coll. Agora (1975).

Hayek F. (1945), La route de la servitude, coll. Quadrige, PUF, Paris.

Hayek F. (1945), « The use of knowledge in Society », AER, vol. 35, sept., pp.519-530.

Hayek F. (1952), The Sensory Order, Chicago: University of Chicago Press., traduction française (2001), L’ordre sensoriel. Une enquête sur les fondements de la psychologie théorique, CNRS Communication, Paris.

Hayek F. (1953), Scientisme et science sociale, Press Pocket coll. Agora.

Hayek F. (1960 [1994]), The Constitution of Liberty, Chicago, IL : University of Chicago Press,  traduction française La constitution de la liberté, coll. Libéralia, Litec, Paris (1994).

Hayek F. (1982), Droit, Législation et Liberté. Le mirage de la justice sociale. vol.2. coll. Libre échange, PUF, Law, Legislation and Liberty, vol.3, Political order of a Free People, Routledge and Kegan Paul, London and Henley (1979).

Hayek F. (1983), Droit, Législation et liberté, tome 3, L’ordre politique d’un peuple libre, ch.15, PUF, coll. Libre échange, Paris.

Hayek F. (1980), Droit, législation et liberté. Règle et ordre, vol.1, coll. Libre échange, PUF, Paris traduction française de(traduit de l’anglais 1973, Law, Législation and liberty, vol.1, Routledge and Kegan Paul, London and Henley.

Hayek F.A. La présomption fatale. Les erreurs du socialisme, coll libre échange, PUF, Paris, traduction française de The Fatal conceit. The errors of Socialism, edited by W.W Bartley III Routledge, London and New-York 1988.



[1] Propos de Christian Schmidt (1999, p.759) dans son avant propos au numéro spécial de la Revue d’Economie Politique (n°6, nov-déc) consacré à Hayek.

[2] Leroux A. (1996), « L’évolutionnisme de Friedrich Hayek : une double controverse révélatrice d’une double illusion », Document de travail n°96C07, GREQUAM, Universités d’Aix-Marseille II et III. Cet article conclut par la phrase suivante : « Peut-on alors en déduire que Hayek ne doit le rayonnement de sa pensée ni à la rigueur du savant (qu’il fut officiellement) ni à la profondeur du philosophe (qu’il n’ambitionnera jamais de devenir) mais, vraisemblablement, à la conviction de l’idéoloque (qu’il se défendit toujours d’être) ? ».

[3] Le site le plus complet sur Hayek est www.hayekcenter.org