LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE

 

Les causes de la richesse et de la pauvreté des Nations sont depuis Adam Smith le cœur des sciences économiques. L’école autrichienne se situe dans cette tradition. Elle s’oppose ainsi à la tradition ricardienne qui explique généralement la croissance durable et auto-entretenue du revenu par tête par la manière dont s’organise la quantité des facteurs de production. Elle modélise la croissance de production sous la forme d’une fonction production et cherche à préciser l’apport respectif du capital humain (formation de la main d’œuvre), du capital technique et du capital physique dans les gains de productivité qui expliquent la dynamique de la croissance économique. A la question pourquoi il y a des pays riches et des pays pauvres la macroéconomie ricardienne répond que les pays riches sont plus riches parce qu’ils ont plus ressources par tête- plus de capital humain, physique et technique. Cette réponse est sans doute juste mais en appel une deuxième (Jordan 2001).  Pourquoi certaines économies ont-elles des niveaux de capital plus élevés que d’autres ?

 

Pour répondre à cette question il faut reconnaître l’apport de la structure incitative à l’accumulation du capital physique, technique et humain. Les institutions sont le préalable aux gains de productivité. La croissance de la production s’explique par les gains de productivité induits par la spécialisation et la division du travail, mais cette dernière ne trouve son origine que dans l’échange. Une baisse des coûts de l’échange favorise alors le développement économique et la croissance de la production. Ce résultat initié par Ronald Coase (Prix Nobel 1991) et sa théorie des coûts de transaction et développée par Douglass North (Prix Nobel 1993) conduit à soutenir que le respect du droit est un préalable institutionnel au développement parce que la propriété privée sur le capital est une condition du calcul économique, qu’elle sécurise les investissement en protégeant les entrepreneurs de l’expropriation et conditionne la liberté contractuelle. Cette position est aujourd’hui reprise par la Banque Mondiale qui en a fait son principal credo. Pour favoriser la réduction des inégalités de croissance et de développement entre les pays il faut avant tout construire les institutions du marché[1] afin que les hommes mettent leurs talents et leurs ressources au service d’activités à haute productivité. Cette position est historiquement soutenue par les expériences coréennes, Tchécoslovaque, ou Allemande. L’expérience institutionnelle  du collectivisme a bien montré que des territoires de niveaux de développement équivalents qui s’engagent dans des voies institutionnelles différentes aboutissent à des niveaux de développement différents.

 

Il faut, cependant, rester prudent, car les institutions ne créent par elles-mêmes aucune richesse et aucun décret ne peut décider du développement économique. Le développement économique est avant tout un processus de changement des mentalités (Perroux). Aucun pouvoir ne peut, pour cette raison, imposer le développement économique. Le génie du développement reste l’entrepreneur (Kirzner 1971, Holcombe 1998, Minniti 1999), autrement dit l’action humaine. Aucune explication du développement économique ne peut donc ignorer la figure de l’entrepreneur – promoteur autrement dit le rôle des hommes qui « ont plus d’initiative, d’esprit aventureux, un coup d’œil plus prompt que la foule » (Mises). L’action des pionniers reste la condition suffisante du progrès économique. Sans entrepreneur il n’y aurait pas de développement économique. Seul le couple institution – entrepreneur favorise le développement économique et la croissance de la production. C’est la rencontre de l’esprit d’entreprise et des institutions du marché qui crée une tendance durable au développement économique (Steele 1998, Boettke et Coyne 2003, Harper 2003). C’est ainsi que l’on peut résumer la position des économistes de l’école autrichienne sur la question du développement.

 

François Facchini

Septembre 2005

 

Bibliographie :

 

Boettke P.J. and Coyne C.J. (2003), « Entrepreneurship and Development : Cause or Consequence ? », Advances in Austrian Economics, 6, pp.67-88.

Facchini F. (2005), “De la transition vers le développement”, Reflets et Perspective de la vie économique, XLV, n°3, pp.59 – 74, De Boeck.

Hamilton R.T. and Harper D.A. (1994), « The Entrepreneur in Theory and Practice », Journal of Economic Studies, vol.21, (6), pp.3-18.

Harper D.A. (1998), “Institutional conditions for entrepreneurship”, Advances in Austrian Economics, vol.5, p.241-275, JAI Press, Inc.

Harper D.A. (2003), Foundations of Entrepreneurship and Economic Development, Routledge, London and New York.

Holcombe R.G. (1998), “Entrepreneurship and Economic Growth”, The Quarterly Journal of Austrian Economics, 1, n°2, summer, pp.45-62.

Jordan J. L. (2001), “Hayekian Economic Infrastructure as a Foundation for Sustained Prosperity”, Contemporary Economic Policy, vol.19, n°1, January, pp.20-26.

Kirzner I. (1971), “Entrepreneurship and the market Approach to Development”, in Toward Liberty vol. II fo two vol. Essays in Honor of Ludwig von Mises on the occasion of his 90 th Birthday September, 29, 1971, Institute for Human Studies inc Menle Park, California 94025 pp.194-208.

Minniti M. (1999), « Entrepreneurial Activity and Economic Growth », Global Business and Economics Review, vol.11, n°1, pp.31-42.

Mises L. (1949), Human Action: A Treatise on Economics, Chicago: Henry Regnery traduction française par Raoul Audouin L’action Humaine, coll  Libre échange, PUF, Paris (1985).

Steele C.N. (1998), « Entrepreneurship and the Economics of Growth », in Ikeda S. and Boettke P. (ed.), Advances in Austrian Economics vo.5, JAI Press INC, pp.51-84.

Yu T.F. (1998), « Economic Development in Latecomer Economies : An Entrepreneurial Perspective », Development Policy Review, vol.16, pp.353-372.

 

 



[1] www.worldbank.org/wdr/2001fulltext/bibliopdf