EFFET CANTILLON

 

L’effet Cantillon est un élément clé de la théorie autrichienne du cycle. Il désigne une des conséquences principales de la création monétaire, la distorsion des prix relatifs par une hausse des prix différenciée en fonction des secteurs de l’économie. Richard Cantillon* (1680 ? – 1734) a décrit dans L’Essai sur la nature du commerce en général la modification des prix relatifs induite par la création monétaire[1]. La grande inflation du XVI ième siècle liée à l’augmentation de la quantité d’or et d’argent dans l’économie européenne n’a pas seulement provoqué une hausse des prix à la consommation. La hausse des prix s’est faite de manière graduelle contaminant les secteurs de l’économie de proche en proche. Elle a provoqué une distorsion des prix relatifs et de la structure de production. La nouvelle monnaie est d’abord entrée dans les secteurs fournissant le roi d’Espagne, principalement le secteur militaire. Les industriels de ce secteur en ont été les premiers bénéficiaires en raison des commandes royales. Leurs prix ont augmenté alors que les prix des biens agricoles par exemple sont restés stables. Ce décalage temporel dans la hausse des prix a bénéficié aux secteurs proches de la commande royale et a appauvri les secteurs les plus éloignés, comme l’agriculture.

 

L’école autrichienne généralise ce principe en théorisant systématiquement la manière dont la monnaie entre dans l’économie. Dans les économies modernes la monnaie issue de la création monétaire joue le même rôle que la nouvelle monnaie créée à partir des mines sud américaines du XVIème siècle. Elle provoque une distorsion des prix relatifs, car les entrepreneurs qui obtiennent les crédits sont les premiers à bénéficier de la hausse des prix.

 

La théorie autrichienne des cycles* utilise cet effet pour comprendre les conséquences de la modification des prix relatifs sur la structure de production. La décomposition de la structure de production en plusieurs secteurs (voir capital*) permet de prendre en compte la problématique de la distorsion des prix relatifs dans l’économie. L’effet Cantillon a d’abord été utilisé (Mises, Hayek, Robbins) pour comprendre la transmission de la création monétaire au sein d’une économie et pour répondre à la vision keynésienne qui refuse d’envisager l’économie comme une structure temporelle de production. L’effet Cantillon permet aussi de comprendre les mécanismes d’inflation patrimoniale sans forcément se placer dans un cadre d’analyse macroéconomique. L’inflation des prix de l’immobilier parisien entre 1985 et 1990 s’explique par exemple par un afflux de crédits bancaires dans ce secteur.

 

De ce type d’analyse l’école autrichienne en tire un certain nombre de recommandations en matière de politique monétaire et d’organisation du système bancaire. Afin d’éviter les conséquences néfastes de la création monétaire sur la structure des prix relatifs il convient de mettre en œuvre un certain nombre de règles pour empêcher la banque centrale et le système bancaire de créer de la monnaie. Le crédit doit être financé par de l’épargne réelle et non pas par création monétaire. C’est pour cela que la théorie austro-américaine contemporaine rejoint les économistes de la liberté des banques (Say, Coquelin, Carey,…). Ces derniers mettent en avant que les privilèges bancaires en restreignant la concurrence favorisent la création monétaire. Cet effet a fait l’objet d’une analyse empirique sur les Etats-Unis, la France et la Belgique au XIXième siècle (Gentier 2003).

 

 

Antoine Gentier

Mars 2006

 

Bibliographie :

Cantillon R. [1752] Essai sur la nature du commerce en général

Gentier A. (2003) Economie bancaire

Hayek F.A. (1975) Prix et Production [1931]

Skousen M. (1990) The Structure of Production

 



[1] L’effet Cantillon pourrait jouer en situation de déflation.