EFFET D’EVICTION

 

L’école autrichienne juge que la macroéconomie de la synthèse est inadéquate pour comprendre les ajustements sur les marchés et les effets des politiques fiscales et budgétaires. La macroéconomie de la synthèse est inadéquate parce qu’elle ne pense la coordination qu’ à partir du marché du travail et ignore totalement le marché du capital*. Les politiques fiscales modifient l’équilibre différemment selon le type de dépenses publiques engagées. La politique budgétaire adoptée détermine ses effets sur la structure intertemporelle de production. L’emprunt et l’impôt sont équivalents, dans cette perspective, s’ils modifient de la même manière la structure du capital autrement dit la longueur du détour de production.

 

Tout effet de baisse des taux d’intérêt provoqué par une politique de relance provoque une modification de la longueur du détour de production. Dans ce cas les entrepreneurs croient que les consommateurs ont modifié leur préférence en faveur de la consommation future. Ils mobilisent, pour cette raison, des ressources présentes pour produire des biens futurs. Les firmes privées ne sont donc pas seulement évincées du marché des capitaux, elles sont trompées sur les préférences temporelles des agents puisque le taux d’intérêt désormais traduit les choix politico-économique des gouvernements.

 

Toute étude des conséquences de la politique budgétaire sur les taux d’intérêt doit donc aussi s’intéresser à la structure du capital. C’est là qu’intervient la différence d’effets entre le financement par l’impôt et le financement par l’emprunt. Il n’y a pas d’équivalence impôt – emprunt parce que les choix publics modifient aussi l’affectation intertemporelle des ressources. L’impôt favorise classiquement un effet d’éviction de la consommation privée. L’emprunt conduit de son côté à évincer l’investissement privé. Ces effets d’éviction modifient la structure du capital si l’horizon temporel des dépenses publiques est différent de l’horizon des agents sur un marché libre. Pour mieux comprendre cette proposition il suffit de prendre en exemple. Si la politique publique consiste à évincer la consommation d’oranges par des dépenses militaires ou de R&D il est clair que les ressources ne sont pas affectées de la même manière dans le temps. L’horizon temporel des gouvernements a, ainsi, un effet décisif sur la structure du capital et plus généralement l’affectation intertemporelle des ressources. Cet effet a été largement constaté dans les systèmes d’économie centralement planifiée qui privilégiaient le futur. Il y avait alors sous-investissement dans la production de biens de consommation. Ce phénomène a aussi été observé aux Etats-Unis durant les années 1930 - 1945.

 

François Facchini et Antoine Gentier

Décembre 2005

 

Bibliographie :

 

Garrisson R. (2002), Time and Money. The Macroeconomics of Capital Structure, coll. Foundations of the Market Economiy, Routledge, London and New York.