L’ENTREPRENEUR EN INSTITUTION

 

La théorie de l’entrepreneur en institution n’est pas encore très développée. Elle sert selon les auteurs qui l’ont promu soit à pallier les défaillances de la théorie du changement institutionnel de North, soit à pallier les faiblesses de la théorie de l’évolution culturelle d’Hayek. Yu (2001) justifie le développement de la théorie de l’entrepreneur en institution par les insuffisances de la théorie du changement institutionnel proposée par North (1990). L’action de l’entrepreneur n’a pas été considérée par North comme une source fondamentale de changement (Yu 2001, p.217). L’entrepreneur dans son explication ne fait que s’adapter aux changements. Les aspects créatifs et actifs de l’action entrepreneuriale sont complètement ignorés. Chez Yu l’introduction de l’entrepreneur en institution est aussi un moyen de sortir de la circularité du raisonnement de la théorie institutionnel des coûts de transaction (Sjostrand 1995, p.35 cité par Yu 2001, p.218). Les institutions expliquent les coûts de transaction et les coûts de transaction sont de la même manière censés expliquer les institutions. Les coûts de transaction dépendent des mutations technologiques et du progrès technique, mais comme ils expliquent les institutions ils doivent aussi rendre compte du système incitatif qui a donné naissance aux innovations. L’évolution des coûts de transaction s’explique alors par l’évolution des techniques et l’évolution des techniques s’explique par les caractéristiques du système incitatif. Il y a en ce sens une circularité évidente. L’entrepreneur en institution permet de sortir la théorie de l’émergence des institutions de cette circularité. L’entrepreneur en institution crée ou exploite une opportunité. Il change les institutions parce qu’il cherche à réduire l’incertitude et à accroître les chances de succès de ses plans (YU 2001, p.243).

 

Chez Chaumont-Chancelier (1999) puis Chaumont-Chancelier et Perrin (2002) la figure de l’entrepreneur en institution sert plutôt à améliorer l’explication des changements institutionnels dans la théorie de l’évolution culturelle d’Hayek. Il s’agit d’un réel apport à la théorie évolutionniste des institutions. Le point de départ du changement est une insatisfaction. Le médium de ce changement, avant d’être une institution, est une règle relationnelle, c’est-à-dire une petite règle de comportement qui ne s’applique qu’à un individu ou plus mais pas à un groupe d’agent anonyme. Cette règle relationnelle va être pensée comme le germe du changement. Elle est relationnelle parce qu’elle va s’adresser aux proches de l’entrepreneur ; voisin, collègue de travail, parents, etc. Elle ne s’adresse initialement qu’au réseau de celui qui a identifié qu’il existait des situations récurrentes pour lesquelles les institutions étaient muettes, autrement dit où chaque agent pour anticiper l’action des autres devaient arbitrer au cas par cas (comme un vide juridique). L’invention d’une règle relationnelle est, en ce sens, l’apport de l’action de l’entrepreneur à la coordination des actions humaines dans le réseau social qui est le sien. Sa généralisation dans le réseau permet à la règle relationnelle d’être expérimentée. Tous les agents qui l’utilisent peuvent juger de son efficacité et deviennent un groupe pionnier.

 

François Facchini

Janvier 2006

 

Bibliographie :

 

Chaumont-Chancelier F. (1999), Action humaine et évolution culturelle. Vers un entrepreneur en institutions, Thèse de Doctorat de l’Université d’Aix-Marseille III.

Chaumont-Chancelier F. et Perrin P. (2002), « Innover, relier, coordonner aux frontières de l’organisation : l’entrepreneur en institution », Contribution pour le Colloque du GREFIGE, La métamorphose des organisations, 23 et 25 octobre, Vittel, France.

North D.C. (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Political Economy of Institutions and Decisions, Cambridge University Press, Cambridge

Yu T.F.(2001), “An Entrepreneurial Perspective of Institutional Change”, Constitutional Political Economy, 12, pp.217-236.