Free Banking

 

La Free Banking School ou la théorie de la Banque Libre naît lors des débats entre Currency School et Banking School. Il représente la position des praticiens du secteur bancaire. Ce courant met en avant la capacité des banques à gérer tout aussi efficacement les activités d’intermédiation que de gestion des moyens de paiement. L’offre de monnaie n’a donc pas besoin d’être gérée par une banque centrale*. Les travaux de V. Smith (1936) et ceux de Nataf (1992) ont montré que pour les économistes du dix-neuvième siècle, il était normal qu’une banque puisse émettre des billets (Coquelin 1876). En plus de la liberté d’émission, la liberté bancaire signifie essentiellement liberté d’établissement (d’entrée) sur le marché. L’histoire monétaire a cependant  retenu la Free Banking School comme un courant  minoritaire dont la position ne méritait pas d’être explicitée. Il faudra attendre Hayek (1976) - même si un auteur comme Mises souligne sa supériorité par rapport a une Banque Centrale -  pour que le sujet du Free Banking retrouve une place même marginale dans les débats sur les règles de gestion monétaire. Le Free Banking a trouve un nouveau souffle dans les travaux à la fois historique et théorique de White, Selgin et Dowd.

La théorie de la banque libre montre qu’une banque responsable devant ses actionnaires gère efficacement l’offre de monnaie que l’offre de crédit. En particulier, la discipline imposée par les mécanismes de compensation interbancaire empêche la surémission de monnaie et l’inflation. La gestion de l’offre de monnaie par la banque centrale n’est pas une fatalité. Elle relève d’une volonté politique, la création des banques centrales ayant été principalement motivée par les besoins financiers de l’Etat (Vera Smith, 1936). En outre, dans la gestion monétaire comme dans toute autre activité, la concurrence conduit les banques à proposer une offre de monnaie dont la qualité répond aux exigences des consommateurs. Selgin (1988) montre que l’offre de monnaie dans un système de banque libre est  essentiellement régulée par les mécanismes de compensations interbancaires qui déterminent les parts de marche des établissements en présence sans leur permettre de pouvoir émettre de la monnaie sans fin.

Le principe de la banque libre regroupe des courants divergents. 3 courants peuvent être distingués:

 

1-       La problématique de l’émission concurrentielle de monnaie représentée par Dowd à la suite d’Hayek (1976) développe l’idée que dans nos économies contemporaines les banques libres émettraient de la monnaie stable indexée sur un panier composite ou de l’or.

2-       White et Selgin ont comme référence les expériences historiques. Les banques libres telles qu’elles ont pu exister, émettaient des billets privés et fonctionnaient sur la base de réserves fractionnaires en or.

3-       Rothbard et la question des réserves à 100 %. Il soutient que les véritables banques ne pourraient fonctionner sans le principe du 100% de réserves en réponse aux exigences des consommateurs.

 

La liberté bancaire est considérée par beaucoup comme une utopie. Le regain pour ce sujet a permis de nombreuses études historiques sur la question. Aujourd’hui la monnaie électronique pourrait être vue comme un moyen de parvenir un jour a la liberté bancaire par la remise en cause du monopole d’émission. Enfin, l’évolution de la gestion monétaire depuis les années 1980, avec une création monétaire faible, fait que le fonctionnement des systèmes actuels a de nombreux points communs avec des systèmes fonctionnant avec de la monnaie métallique comme monnaie de base comme les Etats de Nouvelle Angleterre avant 1860. (Gentier 2003 chap.8)

 

 

Antoine Gentier & Nathalie Janson Mars 2005

Références en français:

Coquelin, Le crédit et les banques, Gullaumin, Paris, 1876.

Gentier, Economie Bancaire, Publibook 2003.

Mises, Action Humaine, PUF Libre Echange, Paris 1985.

Selgin, Théorie de la Banque Libre, Les Belles Lettres, 1991.

Nataf, La libre concurrence bancaire chez les économistes français, HDR Université Paris Dauphine, 1992.

 

Références an anglais:

Dowd, Laissez-faire Banking, Routledge, 1993.

Dowd, Competition and Finance, MacMillan Press Ltd, 1996.

Hayek, F.A, Denationalisation of Money, Institute of Economic Affairs,1978.

Mises, On the Manipulation of Money and Credit, Liberty Classics, Indianapolis, 1981.

Rothbard, What government  has done to our money, Ludwig von Mises Institute, 1990.

Smith, V. C, The Rationale of Central Banking, Liberty Press, 1990

White, L.H, Competition and Currency, New-York University Press, 1989

White, L.H, Free Banking in Britain, Institute of Economic Affairs, 1995.

White, L.H, Theory of the Monetary Institutions, Blackwell Publishers, 1999.