INFLATION

 

L’analyse de l’inflation par l’école autrichienne repose sur une interprétation particulière des mécanismes de la hausse des prix dans le cadre de la théorie quantitative de la monnaie. Si pour l’école autrichienne, une hausse de la quantité de monnaie entraîne une hausse des prix est un résultat acquis, l’accent est mis essentiellement sur les effets Cantillon dans la structure des prix relatifs. Les autrichiens envisagent également le cas où l’inflation peut avoir une origine non monétaire (baisse de l’offre de pétrole). La hausse des prix n’est pas uniforme dans l’économie et les prix n’augmentent pas au même rythme. Cantillon avait mis en valeur ce phénomène pour l’inflation du seizième siècle. L’afflux de métaux précieux en Espagne avait d’abord fait monter les prix dans les secteurs dont la demande était directement lié au pouvoir royal, puis la hausse des prix s’était étendue de proche en proche aux autres secteurs de l’économie. Les derniers à réajuster leurs prix furent les paysans qui ont été les principales victimes de l’inflation. Le mécanisme des effets Cantillon se retrouve de la même manière, mais l’entrée de nouvelle monnaie a pour origine le crédit financé par création monétaire. La nouvelle monnaie est reçue par certains secteurs de l’économie au détriment des autres, ce qui provoque une augmentation des prix dans ces secteurs et modifie la structure des prix relatifs. Cette modification de la structure des prix relatifs est irrémédiable et entraîne une modification de la structure de production qui débouche sur un cycle expansion contraction.

L’école autrichienne s’oppose donc aux politiques inflationnistes. D’abord comme les monétaristes (Friedman) parce qu’il s’agit d’une diminution de la valeur de la monnaie, mais surtout parce que cela entraîne l’économie vers des situations de malinvestissements. Elle s’oppose également aux politiques de stabilisation de l’économie. En effet, les effets de l’inflation sont irrémédiables et il est impossible de revenir en arrière. Une politique de déflation qui suivrait une période d’inflation aurait des effets désastreux dans l’autre sens, sans pour autant rétablir la situation initiale. On retrouve les problématiques d’irréversibilité temporelle commune aux conceptions de l’action humaine inscrite dans le temps. C’est à dire qu’une fois le processus inflationniste est lancé on ne peut pas revenir sur les conséquences réelles de la modification des prix relatifs. Pour prendre une image, les politiques de stabilisation s’apparentent au chauffard qui a renversé un piéton et qui espère réparer son geste en faisant une marche arrière pour le « désécraser ».

 

Antoine Gentier

Septembre 2005

 

Références en français

Baslé et al.(1987), Histoire des pensées économiques, Sirey, Paris, tome 2.

Gentier A. (2003), Economie Bancaire, Publibook, chapitre 2.

Landais  B. (1987), Le monétarisme, Economica, Paris.

Salin P. (1990), La Vérité sur la monnaie, Odile Jacob, Paris.

 

Références contemporaines en anglais

Skousen  M. (1990), The Structure of Production, New York University.

Don Bellante (1994), “The Phillips Curve”, The Edward Elgar Companion to Austrian Economics.

Horwitz S. (1994), “Inflation”, The Edward Elgar Companion to Austrian Economics.

Selgin G. (1997), Less than zero, IEA Papers.

 

Références traditionnelles

Cantillon R. (1952 [1755]), Essai sur la nature du commerce en général, Paris, réimpression Institut National d’Etudes Démographiques.

Coquelin  C. (1876), Le crédit et les banques, Guillaumin, Paris.

Haberler  G. (1964), Prosperity and Depression, 5ème édition, George Allen and Unwin Ltd, Londres.

Hayek  F. (1933 [1928/29]), Monetary Theory and the Trade Cycle, Traduction de N. Kaldor et de H. M. Croome, Jonathan Cape, Londres.

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Hayek  F. (1962 [1941]), The Pure Theory of Capital, 4ème édition, Routledge and Kegan Paul, Londres,.

Say J.B. (1928), Cours d’économie politique,.

Mises  L. von (1985 [1966]), L’action humaine, PUF Libre Échange, Paris, Traduction par R. Audouin de la 3ème édition de Human Action, Chicago, 1966.

Mises  L. von (1978 [1928], On the Manipulation of Money and Credit, Traduction du texte de 1928 par B. Greaves, Percy L. Greaves (éd.), Jr. Dobbs Ferry, Free Markets Books, New York.

Mises  L. von (1981 [1924]) The Theory of Money and Credit, Liberty Classics, Indianapolis, 1981, Réédition du texte de 1924 complété par un ajout lors de l’édition de 1955.

Rothbard  M. (1975), America’s Great Depression, 3ème édition, Sheed and Ward, Inc., Kansas City.