MAL-INVESTISSEMENT

 

Le terme mal-investissement est le néologisme formé à partir du terme anglais malinvestment. Mises dans son article en français de 1936 "la théorie autrichienne du cycle" utilise le terme "d’investissements injustifiés". Gotfried Haberler dans Prosperity and Depression classe à tort la théorie autrichienne dans les théories du sur-investissement qui sont très différentes de l’approche autrichienne du mal-investissement.

Le mal-investissement caractérise la déformation de la structure de production dans l’analyse autrichienne du cycle lorsque l'on a une création monétaire excessive. Ce mal-investissement désigne un sur-investissement dans la fabrication de biens de production et un sous investissement concomitant dans les industries de biens de consommation. La politique monétaire en perturbant les anticipations des entrepreneurs est à l’origine de ce mal-investissement. Et effet, le taux d’intérêt reflète les préférences de la société en matière de consommation présente et future. Plus le taux d’intérêt est élevé et plus la préférence pour le présent est forte. Le taux d’intérêt donne donc une indication sur le profil temporel de consommation de la société. Une baisse du taux d’intérêt signifie que les entrepreneurs peuvent s’engager dans la production de biens futurs parce que les acteurs sont prêts à épargner aujourd’hui pour consommer demain.

Ce mécanisme d’allocation intertemporelle de l’épargne et des ressources ne fonctionne que si le taux d’intérêt du marché monétaire est égal avec le taux d’intérêt naturel (approche Wicksell).

Si le taux d’intérêt monétaire est plus bas que le taux naturel, à la suite d’une manipulation monétaire des perspectives de profits apparaissent dans les industries de biens de production. Les entrepreneurs investissent dans les industries de biens de production au détriment des industries des biens de consommation. La structure de production se déforme, des emplois sont créés dans les industries de biens de production et de nouvelles unités sont mises en chantier. Ce processus continue jusqu’à ce que des méventes dans les industries de biens de production apparaissent. Cela peut prendre plusieurs années, le temps que les unités de fabrication des biens de production arrivent sur le marché.

Les méventes sont dues au fait que les biens produits non pas de demande et qu’ils ne sont le fruit que d’anticipations fondées sur une manipulation monétaire des taux d’intérêt. Les méventes conduisent à des faillites, à du chômage dans les industries de biens de production. Le processus s’accompagne d’une distorsion des prix relatifs, les prix des biens de production s’élèvent relativement au prix des biens de consommation au début du cycle puis s’effondrent au moment du retournement. La modification de la structure de production est accompagnée d'une modification de la structure des prix relatifs. Si l'évolution des prix des biens de production est assez simple, d'abord une élévation puis un effondrement, celui des biens de consommation dépend du rythme de création monétaire. La distorsion et l'ajustement se font par les biens de productions. 

Le processus d’ajustement est irrémédiable, une fois le mal-investissement engagé on ne peut pas échapper à la crise.

 

Pour l'analyse du déroulement du cycle et du retournement voir l’entrée effet Ricardo

Antoine Gentier

Mars 2006

 

Références en français

Baslé et al., Histoire des pensées économiques, Sirey 1987, tome 2.

Facchini F. (2004), "La théorie autrichienne des cycles : une théorie de la récurrence des erreurs collectives d'anticipation", L'actualité économique, vol. 80, n°1, mars 2004.

Gentier, Economie Bancaire, Publibook, 2003, chapitre 2.

Gentier, Analyse économique de la banque : stratégies de financement de la politique de crédit, réglementation et systèmes d’incitations. Thèse pour le doctorat en Sciences économiques, soutenue le 23 novembre 2001 à l’Université Paris Dauphine chapitre 2 est plus complet que dans Gentier (2003) avec une présentation exhaustive du mécanisme du malinvestment.

Landais  B., Le monétarisme, Economica, Paris,1987.

 

Références contemporaines en anglais

Garrison  R, The Austrian Theory of the Trade Cycle, L. von Mises  Institute, Auburn, 1996.

Garrison  R., " The Austrian Theory of the Business Cycle in the Light of Modern Macroeconomics ", Review of Austrian Economics, volume 3, p. 3-29.

Skousen  M., The Structure of Production, New York University, 1990.

Hülsmann  J.G., " Toward a General Theory of Error Cycles ", Quaterly Journal of Austrian Economics, volume 1 n°4, 1998, p. 1-23.

 

Références traditionnelles

Coquelin  C., " Les crises commerciales et la liberté des banques ", La Revue des deux Mondes, 1 novembre, 1848, p. 445-70.

Coquelin  C., Le crédit et les banques, Guillaumin, Paris, 1876

Haberler  G., Prosperity and Depression, 5ème édition, George Allen and Unwin Ltd, Londres, 1964.

Hayek  F. A, Monetary Theory and the Trade Cycle, Traduction de N. Kaldor et de H. M. Croome, Jonathan Cape, Londres, 1933. (1928/29 en allemand)

Hayek  F. A, Prix et production, Calmann Lévi, Paris, 1975 [1931].

Hayek  F. A, The Pure Theory of Capital, 4ème édition, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1962. [1941].

JB Say, Cours d’économie politique, 1828.

Mises  L. von, L’action humaine, PUF Libre Échange, Paris, 1985, Traduction par R. Audouin de la 3ème édition de Human Action, Chicago, 1966.

Mises  L. von, On the Manipulation of Money and Credit, Traduction du texte de 1928 par B. Greaves, Percy L. Greaves (éd.), Jr. Dobbs Ferry, Free Markets Books, New York, 1978.

Mises  L. von, The Theory of Money and Credit, Liberty Classics, Indianapolis, 1981, Réédition du texte de 1924 complété par un ajout lors de l’édition de 1955.

Rothbard  M., America’s Great Depression, 3ème édition, Sheed and Ward, Inc., Kansas City, 1975.