MONNAIE

 

La monnaie est un moyen d’échange universellement accepté dans une société. Les autrichiens retiennent la conception de Menger (1871 et 1892). Au cours du temps, une marchandise émerge parmi les autres pour acquérir le statut de monnaie. Les caractéristiques de la monnaie s’articulent autour des notions d’acceptabilité et  de liquidité d’une part et d’autre part de stabilité et de capacité à conserver du pouvoir d’achat. Cela signifie que contrairement à ce qui ce dit généralement la fonction d’unité de compte n’est qu’accessoire.

 

La notion d’acceptabilité est extrêmement importante. En effet, la monnaie est acceptée dans une zone géographique plus ou moins étendue. Plus cette zone forme un large réseau d’intervenants, plus la monnaie permet à ses utilisateurs d’acquérir des biens et des services variés. On retrouve ici une caractéristique de l’économie des réseaux, plus le nombre de participants à un réseau est important et plus l’utilité des participants augmente[1]. La monnaie réduit ainsi les coûts de liquidité lors des transactions.

 

La monnaie sert aussi de réserve de valeur. Dans ce cas les préférences par rapport au temps des agents sont toutes différentes et cela peut justifier l’existence de plusieurs monnaies qui auraient des qualités différentes en particulier sur le terme de la réserve de valeur. A ce titre la monnaie est en concurrence avec différents instruments financiers.

 

La question de la valeur de la monnaie a été spécifiquement traitée par Mises par le théorème de la régression (1912). Ce théorème peut s’expliquer à partir du passage à l’Euro. Selon Mises, les agents économiques font une régression à l’infini pour se souvenir de la valeur de la monnaie lorsqu’elle était une marchandise. Une grande partie de la population française continue à l’heure actuelle de faire la conversion des prix en euros en francs pour avoir une idée de la valeur des biens qu’ils envisagent d’acquérir.

 

Lorsque la monnaie est imposée par l’Etat, elle ne se définit plus par la rareté relative d’une monnaie marchandise par rapport aux autres marchandises. En régime libre, la monnaie marchandise circule au côté de substituts monétaires (billets et dépôts). Sous la définition étatique, un papier monnaie devient la base monétaire imposée par l’Etat. Dans ce cas le substitut monétaire (billet) généralement monopolisé par une institution étatique devient la base monétaire. Le monopole sur le billet n’est pas toutefois nécessaire et l’on pourrait très bien avoir des émetteurs multiples de billets ayant un cours légal et forcé. La définition de la valeur de la monnaie est dans ce cas arbitraire (où il n’y a pas de définition au sens propre du terme), elle repose sur la coercition. Il est obligatoire d’accepter le papier monnaie comme moyen de paiement, alors que dans le régime libre, les agents ont le choix de refuser tel ou tel type de marchandise ou de substituts monétaires en paiement. Le système bancaire met à disposition des agents des moyens de paiement qui ne sont pas de la monnaie mais des substituts monétaires gagés sur la base monétaire : la monnaie marchandise ou la monnaie papier imposée par l’Etat.

 

Antoine Gentier

Octobre 2005

 

Références en français

Salin P. (1990), La Vérité sur la Monnaie, Odile Jacob.

 

Références contemporaines en anglais

Yeager Leland B. (1997), The Fluttering Veil, Essays on Monetary Disequilibrium, Liberty Fund.

Horwitz S. (1992), Monetary Evolution, Free Banking, and Economic Order, Boulder, CO:  Westview Press. 

 

Références traditionnelles

Menger C. (1871) Principles of Economics James Dingwall and Bert F. Hoselitz, trans., New York: The Free Press, 1950. Online edition, The Mises Institute, 2004.

Menger C. (1892). "Origin of Money, On the" Economic Journal, June 1892; reprinted in Austrian Economics: A Reader. Vol. 18, Richard M. Ebeling, ed., Hillsdale, MI: Hillsdale College Press, 1991, pp. 483-504.

Mises  L. von, The Theory of Money and Credit, Liberty Classics, Indianapolis, 1981, Réédition du texte de 1924 complété par un ajout lors de l’édition de 1955.

 

 



[1] La monnaie n’est pas un « bien public ». En effet, son utilisation est à la fois exclusive et rivale. La production de monnaie (frappe de pièce) permet parfaitement d’exclure ceux qui n’ont pas « acheté » la production, et les utilisateurs de monnaie sont rivaux dans l’utilisation de cette monnaie. Les effets de réseau associés à l’institutionnalisation de la monnaie ne sont pas liés aux caractéristiques des biens publics.