Monopole

 

Le monopole est une situation où un offreur unique sert l’ensemble de la demande. La question du monopole est intimement liée à celle de la concurrence qui est envisagée comme un processus de rivalité sur un marché. La structure du marché (Monopole, oligopole et les autres formes de la concurrence dite imparfaite) est une question que les économistes autrichiens considèrent comme mineure. La question centrale repose en fait sur les capacités de nuisance réelle du monopole : est-il en mesure de pratiquer des prix de monopole (c’est à dire plus élevés que ceux du marché concurrentiel) et d’obtenir une rente au détriment des consommateurs ?

La question essentielle se traduit alors en une réflexion institutionnelle sur la liberté d’entrée sur le marché. Une entreprise en situation de monopole sur un marché où l’entrée est libre fait face à une concurrence potentielle qui l’empêche de pratiquer des prix de monopole. En revanche, si l’entrée n’est pas libre, l’entreprise peut pratiquer des prix de monopole car aucun concurrent n’est en mesure d’entrer sur le marché.

Les sources de création d’un monopole sont essentiellement l’avantage technologique qui est soumis à l’usure du temps et du processus concurrentiel et la législation étatique. La principale cause de création de monopole durable dans le temps est le fait de l’intervention de l’Etat. Les exemples récents de déréglementation dans les secteurs aériens ou télécommunications ont montré que la fin de la barrière réglementaire qui protégeait le monopole public de la concurrence à conduit à la disparition de celui ci et à l’apparition de concurrents qui ont à la fois fait baisser les prix et offert des services inconnus jusque là pour les consommateurs. Notons que si la question du prix de monopole est essentielle au propos, la lutte concurrentielle pour obtenir et fidéliser des clients conduit les entrepreneurs à être beaucoup plus inventifs et offrir aux consommateurs ce qu’ils souhaitent et non pas ce que le producteur souhaite offrir.

La position de l’école autrichienne se résume de la manière suivante : il n’y a pas lieu de s’inquiéter des positions de monopoles liées à un choix du marché : un « roi du chocolat » n’est roi que parce que les consommateurs acceptent de lui acheter ses produits, le jour où ils s’en détournent le roi est nu. En revanche, dans les situations où le monopole s’appuie sur une coercition étatique, l’intérêt des consommateurs passe derrière celui du monopoleur. Il n’y a pas d’exception à cette règle, le monopole monétaire apporte son lot d’inflation et de fluctuations économiques, les monopoles publics en matières de transport, d’énergie, d’éducation ou de télécommunication servent d’autres intérêts que ceux de leurs clients. La recommandation est d’ouvrir les monopoles publics à la concurrence, la question de la privatisation des monopoles publics est secondaire par rapport à la question de leur déréglementation.

 

Antoine Gentier

Septembre 2005

 

Références en français

Salin P. (1994), La concurrence, Collection Que sais je ?, PUF.

 

Références contemporaines en anglais

Dilorenzo (1994), “Industrial Organisation and the Austrian School”, The Edward Elgar Companion to Austrian Economic.

Ellig (1994), “Industrial Organisation”, The Edward Elgar Companion to Austrian Economics.

 

 

Références traditionnelles

 

Kirzner (1973), Competition and Entrepeneurship, Chicago Press

Mises (1985 [1953]), Politique économique, réflexion pour aujourd’hui et pour demain

Mises (1998 [1940]) “Monopoly Prices”, The Quarterly Journal of Austrian Economics, Summer 1998, 1.2, pp.1-28.

Hayek (1945), “The Meaning of Competition”, in Individualism and Economic Order University of Chicago1948.

Machlup (1952), The political economy of monopoly,