LA THEORIE QUANTITATIVE DE LA MONNAIE

 

La théorie quantitative de la monnaie tend à isoler la théorie monétaire du reste de la science économique, car elle n’utilise pas le subjectivisme marginaliste pour expliquer la variation des prix, mais une simple relation quantitative et mécanique de type macroéconomique (Hayek 1931, p.62). En abandonnant le subjectivisme marginaliste, la théorie quantitative abandonne, aussi, l’individualisme méthodologique. Elle utilise des grandeurs globales, comme le niveau des prix, la quantité totale de monnaie ou de biens, qui n’ont aucune influence sur les décisions individuelles. Ainsi, la théorie quantitative explique l’influence des prix sur la production, sans étudier l’effet d’une variation de prix sur la production, mais simplement l’effet de la variation du niveau général des prix sur la production globale. Cette analyse est selon Hayek  à l’origine de trois erreurs. Il n’est pas juste, tout d’abord, de soutenir que la monnaie n’agit sur les prix que si l’augmentation de la masse monétaire est supérieure à l’augmentation de la production. Il n’est pas juste, ensuite, de penser que la hausse des prix tend toujours à engendrer une croissance de la production et que la baisse des prix provoque toujours une baisse de la production. Il n’est pas juste, enfin, de penser la valeur de la monnaie à partir de l’évolution de sa quantité. La valeur de la monnaie n’est pas liée à la quantité offerte, mais à la demande, autrement dit, aux évaluations subjectives des individus. Ces trois erreurs mènent au principe de neutralité de la monnaie et à l’idée que l’économie peut-être étudiée à partir de causes réelles. Il est intéressant, alors, d’en préciser la nature et les effets sur l’analyse des cycles*.

 

La théorie quantitative de la monnaie soutient que l’influence de la masse monétaire sur les prix et la production dépend de ses effets sur le niveau général des prix. L’école autrichienne montre, au contraire, que les variations de la masse monétaire ont toujours nécessairement une influence sur les prix relatifs (Hayek [1931], p.85). Selon l’effet Cantillon* toute variation de la masse monétaire qu’elle ait ou non une influence sur le niveau général des prix a un effet sur les prix relatifs.

 

Richard Cantillon dans son Traité du Commerce explique dans quelle condition l’accroissement de la monnaie élève le prix des biens (Hayek 1931, p.67)[1]. F. von Hayek tire des travaux de Richard Cantillon un principe, ce n’est pas la variation de la masse monétaire qu’il faut étudier mais le lieu d’entrée ou de sortie de la monnaie additionnelle dans le circuit. Il suit strictement sur ce point la position de L. von Mises (1990) qui écrit que : « la quantité additionnelle de monnaie ne trouve pas son chemin du premier coup dans la poche de tous les individus ; aucun de ceux qui en bénéficient au départ n’en reçoit une quantité identique ; et aucun ne réagit de la même façon s’il obtient un même montant additionnel » » (cité par Snowdon et al. [1997], p.385). L’école autrichienne soutient donc que la monnaie influence le versant réel de l’économie en modifiant les prix relatifs et la structure inter-temporelle de la production (Snowdon et al. [1997], p.385).

 

C’est bien, dans ces conditions, la démarche macro qui cache la possibilité d’une variation des prix relatifs sans variation du niveau général des prix. Une hausse des prix du pétrole peut être compensée en termes agrégés par une baisse du prix des céréales. Elle conduit à délaisser les effets d’une hausse des prix d’un bien sur l’ensemble de la structure des prix relatifs. Il faut donc « rejeter l’idée selon laquelle, si le niveau général des prix est stable, les tendances à l’équilibre économique ne sont pas troublées par des influences monétaires et que des influences perturbatrices d’origine monétaire ne peuvent se manifester qu’à travers une variation du niveau général des prix » (Hayek 1931, p.85).

 

François Facchini

Janvier 2006

 

Bibliographie :

 

Hayek F. (1931), Prices and Production; 2 nd edn, revised and enlarged, London: G. Routledge & Sons, traduction française, Prix et production, coll. Agora (1975).

Mises L. (1990), « The Non-Neutrality of Money », in R.M. Ebeling (ed.), Money, Method and the Market Process: Essays by Ludwig von Mises, Ludwig von Mises Institute. Praxeology Press.

Snowdon B., Vane H. et Wynarczyk P. (1997), La pensée économique moderne. Guide des grands courants de Keynes à nos jours, ediscience ineternational, traduction française de A Modern Guide to Macroeconomices. An Introduction to Competing Schools of Thought, Edward Publishing Limited, Habts, UK.

 

 



[1] Hayek reprend la tradition ouverte à la fin du XVIIème siècle par John Locke et Richard Cantillon (Essai sur le commerce, publié en 1755). Retrouve la même idée chez David Hume dans ses Political Discourses. Pour Hayek la filiation est la suivante: Cantillon*, Hume*, Cairnes* (1873), et Mises* (1920).