Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste

De Johan Norberg

 

Compte rendu de lecture par Laurent Carnis[1]

 

 

Qu’il prenne les termes de mondialisation ou de globalisation, le processus d’ouverture des frontières, qui s’accompagne d’une plus grande mobilité des marchandises et des capitaux, fait l’objet d’une actualité éditoriale relativement fournie. Parmi ces publications, l’ouvrage de Norberg détonne à la fois par le ton optimiste qui est tenu que par le message d’espoir qui parcoure les 190 pages proposées. En outre, cet ouvrage présente le grand mérite d’exposer simplement un phénomène complexe permettant ainsi d’être accessible au plus grand nombre. En cela, il fait œuvre de pédagogie. L’ouvrage est également relativement bien documenté ce qui lui donne un caractère plaisant et facilite la lecture.

 

Le constat établit d’emblée par Norberg tranche avec les discours alarmistes tenus sur la mondialisation et relayés régulièrement par les médias : la pauvreté a reculé. Non seulement le revenu moyen a considérablement augmenté depuis quarante ans, mais cette évolution a été encore plus rapide pour les plus pauvres. Alors qu’en 1820, prés de 85 % de la population vivait avec l’équivalent d’un dollar actuel, cette proportion est tombée à 50 % au cours des années 50 et à 31 % en 1980. Cette réduction de la pauvreté s’est traduit par une espérance de vie accrue, une réduction de la mortalité infantile et un net recul de la faim dans le monde. L’analphabétisme recule dans les pays en voie de développement, tandis que les valeurs démocratiques se diffusent progressivement. La diffusion des valeurs démocratiques a permis de diminuer le nombre de personnes concernées par un conflit militaire. En reprenant un dicton nordique, cité par Norberg, « le bœuf a fait la paix ». Le commerce apaiserait les mœurs guerriers tout en favorisant l’enrichissement. Cet enrichissement a concerné l’ensemble des pays permettant à la fois de réduire les inégalités et d’accroître le niveau de vie quelque soit le niveau de développement des pays concernés. Loin d’affirmer la fin de tous les problèmes et que tout est bien dans le meilleur des mondes possibles, l’auteur souligne une évolution positive de la situation économique de la plupart des pays. Cependant il existe des exceptions, des pays qui n’ont pas accroché le train du progrès. La question que pose l’auteur et à laquelle tente de répondre l’ouvrage revient à identifier les facteurs explicatifs de ce progrès qui se diffuse au sein de la plus part des pays. A contrario cette analyse permettra de dresser des pistes de réflexion pour les pays qui désespèrent de ne pouvoir bénéficier de cette manne providentielle.

 

En fait, le résultat n’est ni le résultat de la providence, ni le fruit d’une coïncidence. L’auteur trouve dans la diffusion du capitalisme à l’échelle mondiale, le facteur essentiel du développement économique. Le terme de capitalisme nous paraît quelque peu mal approprié dans la mesure où il renvoie à un ensemble de définitions plus ou moins contradictoires. En fait, l’auteur désigne par capitalisme, le fonctionnement d’une économie de marché non entravée par des réglementations. Un marché libre de tout interventionnisme étatique pesant et surtout source de destruction de richesses. Avec justesse, l’auteur souligne les fondations d’une économie de marché, à savoir l’importance accordée au respect des droits de propriété. La liberté économique signifie certes le contrôle de la propriété par son propriétaire, mais également des transactions économiques fondées sur le contrat et en aucune manière sur la coercition. Si ces principes sont respectés, l’allocation des ressources par le mécanisme des prix permet alors de favoriser la production et les échanges, et donc d’être un vecteur de progrès économique. Les statistiques de l’auteur illustrent clairement qu’à une plus grande liberté économique sont associés une croissance économique plus rapide, un revenu par tête plus élevé, ainsi qu’une espérance de vie et un indicateur de développement humain plus importants. Il n’est pas besoin de souligner que le recul de la pauvreté ne devient possible qu’en présence d’un croissance économique de long terme soutenue. En somme, le recul de la pauvreté exige la liberté économique, c’est-à-dire le respect des droits de propriété.

 

Mais la liberté économique n’est-elle pas antinomique avec l’égalité ? L’auteur fait écho aux débats entre égalité réelle et égalité formelle. Norberg suggère en fait qu’il n’existe aucune raison de croire à une telle opposition. Etudes à l’appui, il démontre ainsi que les nations les plus ouvertes sur l’extérieur et dont les économies sont les plus libéralisées présentent également les structures sociales les moins inégalitaires. Parce que la libéralisation des échanges et de l’économie permet d’offrir à chacun l’opportunité de pouvoir s’enrichir à partir de son avantage comparatif, l’organisation permet une plus grande souplesse. Le marché permettrait ainsi de redistribuer les richesses au sein de la société sans pour autant nécessiter des conflits ou des redistributions forcées par l’intervention de l’Etat. En fait, l’auteur soutient que le facteur explicatif de la pauvreté réside dans l’absence de droits de propriété correctement définis. Dans de nombreux pays, ils ne le sont pas, ce qui empêche d’assurer la sécurité des gains des entrepreneurs. Ainsi souvent l’agriculteur se voit déposséder du produit de son travail par la politique de contrôle des prix les fixant à un niveau bien inférieur à ce qu’il serait sur un marché libre. Dans d’autre secteurs, l’Etat met en place des monopoles dont bénéficient certaines catégories aux dépens de toutes les autres. Ces diverses formes d’intervention non seulement remettent en cause l’égalité de chaque personne à bénéficier des fruits de son travail, mais bloquent également le processus d’accumulation qui permet à toute société de s’enrichir. De même, certaines réglementations prêteraient à sourire si leurs effets ne se traduisaient pas par des conditions de logement déplorables pour les habitants qui en sont victimes. Ainsi, « Obtenir un titre légal pour une maison construite sur un terrain appartenant à l’Etat au Pérou nécessite 207 étapes administratives distinctes dans 52 bureaux différents. Quiconque souhaite faire légalement quelques chose d’aussi simple que conduire un taxi ou lancer un service privé d’autobus peut s’attendre à d’abord passer 26 mois dans les méandres de la bureaucratie. » En somme, le respect des droits de propriété profite également aux pauvres. Le miracle d’un grand nombre de pays du sud-est asiatique s’explique ainsi par la libéralisation économique. L’Afrique présente également des résultats intéressants comme le Ghana, l’Ouganda qui ont libéralisé leur économie et affiché des résultats notables concernant la réduction de la pauvreté. On peut mesurer également le chemin à parcourir pour d’autres pays, comme le Zimbabwe et le Nigeria, qui par des politiques de destruction systématiques des droits de propriété ont vu la pauvreté augmenter et leurs systèmes de santé se dégrader.

 

            La liberté économique est un facteur essentiel pour expliquer la croissance économique et le progrès social. Elle suppose également la possibilité d’échanger. Cette liberté d’échanger implique donc l’ouverture des frontières. En effet, le libre échange ne peut se comprendre que comme l’extension du principe de la division du travail au niveau international. Il présente alors l’immense avantage de permettre une augmentation des richesses disponibles. En effet, comme le souligne Norberg, « …produire pour les autres, c’est l’équivalent de produire pour soi-même». Le produit des exportations permet ainsi de payer les importations, et importer implique d’exporter en retour. En conséquence, les politiques d’autosuffisance sont condamnées à appauvrir les nations qui les mettent en œuvre. L’auteur montre ainsi que les pays qui présentent les économies les plus ouvertes ont un niveau de PIB par tête près de 7 fois supérieur à celui des économies les moins ouvertes. De même, une plus grande ouverture de l’économie sur l’extérieur est associée à une croissance économique plus importante. Cette croissance se fait à un taux encore plus élevé pour les pays en voie de développement.

L’attitude frileuse à l’égard de l’ouverture des économies reflète en fait de vieux réflexes mercantilistes consistant à considérer les exportations comme bénéfiques et les importations comme néfastes. Or comme le souligne avec justesse Norberg, les exportations permettent de financer les importations de produits qui ne sont pas produits au sein de l’économie nationale ou à un prix plus élevé. De manière similaire, à quoi bon d’exporter si celui qui vous achète vos produits n’est pas capable de vous les payer. Le commerce international a cela de fantastique qu’il permet d’avoir accès à un éventail de produits plus large et à meilleur prix. En conséquence, importer des produits revient à libérer du pouvoir d’achat, désormais disponible pour satisfaire d’autres besoins. Il permet la satisfaction d’un nombre de besoins plus important. De même, Norberg tord le cou à l’idée reçue de lutter contre les importations subventionnées ou de subventionner les exportations. En effet, des importations subventionnées signifient que le pays importateur bénéficie d’un transfert de ressources gratuit pour pouvoir acheter le produit en question. En somme, le pays qui pratique la politique de subvention s’appauvrit. Ainsi la politique agricole européenne qui consiste entre autres à subventionner les exportations revient à signer des chèques en faveur des pays qui achètent les produits européens. Quelle politique est plus contradictoire de vouloir s’enrichir en s’appauvrissant en premier lieu par des politiques de transfert caché?

La présentation de Norberg sur la liberté de circulation des personnes nous paraît être la plus faible car reposant sur aucun fondement théorique. Il reprend à son compte à la fois les chiffres et les justifications avancés par le fonds des Nations Unies pour la population. La dénatalité de l’Europe exigerait l’arrivée de migrants afin de préserver le dynamisme économique. Cette vision de l’immigration est condamnable dans la mesure où son optique est purement fonctionnelle et utilitariste. Il s’agit d’atteindre un objectif économique sans intégrer d’éventuelles dimensions sociales (l’entrée pourrait être réservée à certains migrants possédant des compétences spécifiques, d’autres seraient exclus du fait du caractère non rentable de leur capital humain). Il nous semble que sur ce point l’analyse proposée manque singulièrement de fond et une réflexion théorique sur les exigences de la propriété privée apporterait de toute évidence une réponse à la question de la mobilité des personnes et cela indépendamment d’un seul objectif économique. La défense proposée par Norberg sur ce point est d’autant plus friable qu’il ne prend pas en compte les éventuels ajustements par le marché. Les mouvements des capitaux constituent également une alternative à la mobilité des personnes; en somme, des perspectives de développement économique ne seraient pas à exclure dans les pays qui présenteraient des avantages comparatifs idoines et qui ne sont pas encore entrés dans la mondialisation.

 

C’est d’ailleurs la problématique qui est développée au sein du chapitre 4 sur les problèmes que connaissent les pays en voie de développement. Norberg souligne que 80 % des ressources sont consommés par 20 % de la population mondiale. Il explique cela par le fait que 20 % de la population mondiale produit 80 % des ressources totales. Ce qui devrait attirer notre attention est non pas l’inégalité en tant que tel, mais pourquoi il existe une telle inégalité. La réponse avancée par Norberg consiste à mettre en évidence l’incapacité productive de certains pays. Pour reprendre les termes de l’auteur, « la distribution inégale des richesses découle de la distribution inégale du capitalisme ». L’inégalité de la distribution des richesses provient donc de l’exclusion de certains pays du mouvement de libéralisation des économies.

Les pays exclus portent une part de responsabilité quant à leur situation actuelle. Il est désormais démontrer et difficilement contestable que la politique autarcique faisant écho à « la théorie de la dépendance » et à une volonté de mener une politique d’autosuffisance a conduit les pays qui ont adopté ce type de politique à un désastre économique. Ce fourvoiement idéologique a conduit de nombreux pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique à payer chèrement leurs errements économiques. Cependant, l’ouverture au commerce international n’est pas un remède suffisant. Il doit s’accompagner également d’une véritable ouverture politique consistant à démocratiser les institutions, à destituer les monopoles octroyés par favoritisme politique et à lever les barrières douanières protégeant et enrichissant quelques intelligentsias ou milieux économiques qui n’en portent que le nom. Ceux-ci s’enrichissent à l’abri de barrières douanières et autres protections politiques et sur le dos des consommateurs et parfois au mépris de la règle de droit (expropriation des indiens…). La situation de nombreux pays d’Amérique Latine en est la meilleure illustration.

Toutefois certains pays sont également victimes des politiques protectionnistes des pays industrialisés qui les excluent délibérément des gains du commerce international. Les droits de douane sur les produites des pays en voie de développement sont ainsi quatre fois supérieurs à ceux pratiqués sur des produits identiques produits par des pays industrialisés. Norberg souligne entre autres les effets dévastateurs de la politique agricole commune qui ferait perdre pas moins de 20 milliards de dollars aux pays en voie de développement. L’attitude protectionniste des pays industrialisés serait à l’origine d’une perte de 700 milliards de dollars américains de production soit prés de 14 fois le montant de l’aide internationale à leur égard.

            La situation des pays en voie de développement pose également la question de leur endettement et celle du remboursement de leur dette. Au-delà des polémiques initiées sur les ingérences du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale dans la gestion économique des pays en question et du caractère soutenable et immoral du remboursement de la dette, l’auteur soulève un point d’importance. En effet, l’endettement pose la question de la personnalité à la fois du prêteur et celle l’emprunteur, et de l’usage que ce dernier fera des fonds. En effet, un dictateur dirigeant un pays sera peu enclin à savoir qui remboursera demain la dette contractée par son pays mais sera beaucoup plus concerné par l’usage qui devra être fait de ces nouvelles ressources. Les citoyens peuvent-ils être tenus responsables d’une dette contractée par un tel personnage ? Cette question pose alors la responsabilité morale du prêteur qui n’est pas toujours regardant. Celui-ci ne doit-il pas supporter également une part de responsabilité comme tout investisseur qui doit faire face à la réalisation de mauvais risques ? Norberg propose une solution radicale d’effacement des dettes et la suppression de l’endettement par prêts publics. Désormais les pays désirant emprunter devraient passer par les marchés financiers qui assumeront les risques pris mais qui en contre partie exigeront des garanties. L’introduction de mécanismes de responsabilité en somme.

            La dernière partie du chapitre est consacrée au problème difficile de l’accès des pays en voie en développement aux médicaments. Les arguments avancés par Norberg sur ce point sont relativement faibles. Il justifie l’incapacité à fournir à un prix abordable les médicaments aux pays pauvres par la nécessité de protéger les brevets qui ont exigé d’énormes investissements aux résultats incertains. En fait, il nous semble qu’ici réside la question essentielle à savoir le débat sur la protection des brevets et leur aménagement éventuel dans certaines circonstances. Une réflexion sur les pratiques de tarification et sur les structures des marchés de la santé dans les pays occidentaux mériteraient aussi d’être menée. Norberg souligne, cependant, avec justesse que des donations de la part de grosses entreprises ou de fondations privées accomplissent des progrès considérables tandis que de grandes organisations internationales dépensent d’énormes sommes d’argent en colloques. Ressources qui pourraient être consacrées au financement d’actions qui produiraient des effets concrets sur le terrain et qui constituent leur raison d’être.

 

L’ouverture au commerce international a conduit à augmenter le nombre de participants à cette « course vers le sommet » pour reprendre le titre du cinquième chapitre de l’ouvrage. La concurrence est devenue plus redoutable et conduit certains critiques à dénoncer les conditions dans laquelle se réalisé ce commerce international[2]. Les pourfendeurs de la libéralisation dénoncent la concurrence déloyale de certains pays qui présentent des conditions sociales et environnementales inacceptables. Les industries des pays développées ne seraient plus compétitives face aux entreprises de ces pays dans la mesure où les standards occidentaux les handicaperaient en augmentant leur coûts de production. A ce titre, des barrières protectionnistes visant à limiter les importations de ces pays seraient justifiées. Norberg souligne avec raison les contradictions d’une telle requête. En effet, restreindre l’accès des marchés des pays développés aux produits des pays en voie de développement conduit à limiter les possibilités de développement pour ces pays et à les enfermer dans le cercle pervers de la pauvreté. Il est d’ailleurs difficile d’exiger de ces pays d’accepter des modalités de production et des standards de travail, alors que leur adoption au sein des pays développés n’a été possible qu’après avoir connu un niveau de richesse le permettant. Dans quelle mesure serait-il possible que ces pays accèdent à un niveau de développement suffisant permettant l’adoption de ces standards si par ailleurs les conditions d’un tel développement ne leur sont pas autorisés ? En fait, ces arguties reflètent un réflexe protectionniste.

Norberg évoque le travail des enfants dans l’agriculture et dans les usines. La plupart des enfants travaillent non pas pour des produits à l’exportation mais dans l’agriculture permettant la subsistance de leur famille. L’éducation est certes une alternative souhaitable, mais qui se heurte à une réalité économique. En effet, l’interdiction du travail des enfants et rendre l’éducation obligatoire ne permettent pas de résoudre le problème de la pauvreté. Dans la plupart des cas, ils l’accroissent. Le chemin vertueux passe par la croissance économique, dont Norberg a déjà établi les conditions, qui permet alors d’atteindre un niveau de revenu suffisant rendant possible pour les familles à la fois de se passer de l’apport pécuniaire de leur progéniture et de financer leur éducation. Cet accroissement du capital humain permet alors d’élargir l’éventail des possibilités d’emploi dans le futur et d’accroître les revenus sur le long terme.

Bien que ces dimensions de la mondialisation ne seront pas évoqués dans ce commentaire, l’auteur traite également de l’impact du commerce international sur le niveau des salaires des pays développés ainsi que du prétendu pouvoir des grandes entreprises. Il démontre également les inepties des accusations à l’encontre du capitalisme quant à sa capacité à détruire l’environnement et à conduire à l’épuisement des ressources naturelles. En fait, Norberg démontre la fausseté de telles accusations. Au contraire le marché constitue un instrument élaboré et adapté pour gérer la rareté. Parce que le marché nécessite le respect des droits de propriété, il permet la protection de l’environnement. L’environnement étant en fait un ensemble de propriétés, le respect des droits de propriété permet ainsi de préserver celles-ci des différentes formes de pollution qui représentent de véritables violations de ces droits. Ainsi les atteintes les plus importantes portées contre l’environnement seront localisées dans les pays où les droits sont les moins respectés. L’ancienne union soviétique constitue l’exemple le plus navrant.

 

Les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont consacrés aux mouvements des capitaux et à l’évocation de l’homogénéisation culturelle. Concernant les investissements, Norberg souligne que ceux-ci se dirigent d’abord vers des pays qui présentent des garanties de stabilité économique et que les flux nets d’entrée de capitaux vers les pays en voie de développement a augmenté au cours de ces vingt dernières années. Il montre également que les économies ouvertes et qui ne contrôlent pas l’entrée des capitaux présentent de meilleures performances économiques et des capacités de réaction à des situations de crise plus adaptées. L’argument avancé par Norberg qui consiste à pointer les responsabilités politiques dans les crises financières et de change de ces dernières années est assez remarquable. En effet, les mouvements de capitaux qui fuient certaines économies ne sont pas les causes des crises en question, mais en sont plutôt les conséquences. Ils expriment les adaptations d’investisseurs qui ne veulent pas perdre leur mise face aux impérities politiques de mener une politique économique saine et rigoureuse.

En matière culturelle, pour reprendre la formule de l’auteur, « libéraliser n’est pas standardiser ». En effet, l’ouverture au monde a permis une diffusion élargie des différentes cultures. Elle a permis d’élargir leurs modalités et leurs lieux de diffusion. Certaines cultures ont trouvé alors les moyens de subsister, d’autres de s’enrichir des différences au contact d’autres. Norberg souligne que cette diversité culturelle est devenue accessible par sa proximité via internet ou encore par les diffuseurs locaux. Il cite la présence de restaurants asiatiques, africains, antillais… et bien d’autres dans la plupart des pays. Dans de nombreux pays, il devient possible de trouver des airs d’autres pays. L’homogénéisation ne se fait donc pas au profit d’une seule culture mais se traduit par la diffusion de chacune sur la plupart de la planète. L’enjeu culturel le plus important reste toutefois la possibilité de diffuser sur l’ensemble des territoires les valeurs de liberté, de respect des droits de propriété, assurant ainsi la prospérité et le respect des droits de l’homme élémentaires au plus grand nombre.

 

 

Bibliographie

 

Johan Norberg, (2003), Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Institut Economique de Montréal.

 

Suzanne Berger (2003), Notre première mondialisation, leçons d’un échec oublié, Seuil.

Daniel Cohen (2004), La mondialisation et ses ennemis, Grasset

 

 



[1] Economiste des transports, chercheur associé au LAEP Université Paris I.

[2] Pour Daniel Cohen, la mondialisation relève pour partie d’un imaginaire (p. 84 – 89) que de données réelles. Les critiques formulées par les ennemis de la mondialisation seraient alors plus de l’ordre du fantasme que d’une horreur économique si aisément dénoncée.