Vaughn K. (1994), Austrian Economics in America: the Migration of a Tradition, New York, Melbourne, Cambridge University Press.

 

L’ouvrage de Karen Vaughn est l’un des premiers à faire une sorte de bilan du renouveau de l’école autrichienne aux Etats-Unis. Contrairement à ce que suggère Thierry Aimar (2005, p.3) Vaughn ne soutient pas que l’école autrichienne contemporaine c’est diluée progressivement dans le mainstream. Elle décrit le développement des idées de la nouvelle école autrichienne qui débute à Vienne en 1870 avec Carl Menger, Ludwing von Mises, Freidrich Hayek, Ludwig Lachmann, Israel Kirzner et se développe aujourd’hui autour d’un nombre important de jeunes économistes américains qui souhaitent œuvre à la construction d’une économie marginaliste, respectant les principes de l’individualisme et la rationalité des actions individuelles.

 

Le livre de Karen Vaughn a sur cette base commune l’intérêt de montrer l’apport de la théorie autrichienne à la science économique sans, néanmoins, masquer les débats et les controverses qui ont émergé de la phase de renouveau de l’école autrichienne aux Etats-Unis autour de la radicalisation du subjectivisme méthodologique et de ses tentations relativistes. Elle montre à cette occasion l’importance prise par Lachmann dans le programme de recherche de l’école autrichienne contemporaine. Lachmann propose de compléter et de prolonger la révolution subjectivisme initiée par Menger et Ludwig von Mises en prenant ce qu’il est convenu d’appeler le tournant herméneutique.

 

Le livre de Vaughn présente alors bien les tensions qui existent entre les économistes autrichiens sur ce point. Elle fait ainsi œuvre d’historienne de la pensée autrichienne contemporaine aux Etats-Unis.

 

Son livre a cependant été accueilli de manière assez hostile par les économistes du Mises Institute (voir le compte rendu du livre par David Gordon[1] sur le site Mises Instiute) qui lui reproche d’avoir donner trop d’importance à Lachmann et à ses disciplines, mais aussi de s’être trop éloigné de la manière dont Mises traite de la notion d’équilibre. En mal interprétant la position de Menger vis-à-vis de la notion d’équilibre, Vaughn aurait conduit à faire de la pensée hors équilibre une caractéristique majeure de l’école autrichienne, alors que cela ne serait pas le cas.

 

De ce côté ci de l’Atlantique, il n’est pas non plus anodin de noter qu’alors qu’il existe une école austro-américaine structurée autour du Mises Institute, de l’université de Fairfax, et de l’université de New York, aucun pôle européen significatif n’existe aujourd’hui dans ce champ. Vaughn ne cite d’ailleurs que très rarement des auteurs européens, à l’exception de Littlechild, Streissler, Witt et Radnitzky (voir leur page internet sur le site eauli). C’est comme si l’immigration de la tradition autrichienne aux Etats-Unis avait asséché cette dernière en Europe.

 

Table des matières :

 

Préface page ix

Acknowledgments xiii

 

1 Introduction

2 Carl Menger and the foundation of Austrian Economics

3 Economic calculcation and the rediscovery of Mengerian themes

 

4 Ludwig von Mises: Austrian economics in America

5 The Austrian revival

 

Vaughn K. (1990), “The Mengerian roots of Austrian revival”, History of Political Economy, Annual Supplement to volume 22: 379 – 407.

 

6 Defining the Austrian paradigm

7 Market Process: the problem of order in Austrian economics

Vaughn K. (1992), “The Problem of order in Austrian economics: Kirzner versus Lachmann”, Review of Political Economy, 4, pp.251 – 274.

 

8 Austrian Economics: which way forward?

References 179

Index 191


 

 



[1] Lost In The Move?

Fall 1995

AUSTRIAN ECONOMICS IN AMERICA: THE MIGRATION OF A TRADITION
Karen I. Vaughn
Cambridge University Press, 1994. xiv + 198 pgs.